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Randonnée, environnement et patrimoine

vendredi 4 août 2006, par Bunny

Chacun associe au mot randonnée, et c’est logique, sa propre pratique. Cela peut aller de la balade citadine aux traversées de la chaîne himalayenne. Nous pouvons la pratiquer sur sentier balisé ou pas, hors sentiers, sur le sable ou les glaciers. La randonnée ne connaît pas de saison, elle est estivale ou hivernale. En montagne, généralement, on randonne à pied, en raquettes, à ski.

Au cours de cette intervention, je représente les guides de haute montagne. Ils sont censés la pratiquer de part leur compétence, dans les lieux abrupts, reculés, bien entendu aussi en milieu enneigé.

En tant que professionnel de la montagne, nous la pratiquons avec un esprit à demi Dogon dirai je, pour faire une allusion à l’excellent exposé d’Ali Dolo. Effectivement, nous pratiquons la randonnée pour assumer à travers notre métier les contraintes du quotidien, c’est à dire gagner notre vie ; nous marchons aussi, avouons le, en bon occidentaux que nous sommes, un peu pour « le fun » car sous nos latitudes le choix existe... Nous pourrions être employé de mairie plutôt qu’arpenteur de sentiers comme l’évoquait un autre intervenant. Cette vision un peu hybride de la « chose », amène à avoir un regard pas totalement certes, mais un peu décalée par rapport à certaines postures technocrato- environnementales, version à peine édulcorée d’une opinion de la cité sur la montagne digne parfois de la Comtesse de Ségur !

Pour être plus explicite, permettez moi de changer le rythme de ce texte, de ne pas agiter des épouvantails de papier annonçant la destruction de nos montagnes, de ne pas vous présenter des statistiques à la précision « préréférendaire » . Le style « aventure vécu » pour évoquer les réalités de l’altitude me convient mieux. Il est surtout, à mes yeux, plus probant.

Une date : le cœur d’un mois d’Aout récent. Météo : le grand beau

Un lieu pris presque au hasard : Cauterets, le Pont d’Espagne (mais j’aurais pu en prendre bien d’autres !) Le parking est bondé, après « la station de péage », à l’auberge du Pont d’Espagne, çà sent les crêpes, j’arrive avec mon client à me frayer un passage, sur les pelouses au bord d’un gave transformé en Paris- Plage ; plus loin çà grimpatouille sur les rocher du Clot, pendant qu’un télécabine vert sapin vomit de la denrée humaine. A première vue, tout cela m’inquiète, la montagne est envahie, rongée, asservie...Malgré le cataclysme écologique éminent, je persiste et traverse le Cayan. A la fin du plateau après une demi heure de marche, les rangs d’élégants bipèdes se font plus clairsemés. Passé la bosse de la Pourterre, je rattrape ou croise parfois quelques petit groupes de randonneurs. En fait, le malaise que je ressentais s’estompe, je trouve même plutôt sympathiques les signes de tètes et les sourires conviviaux échangés. Ce soir, le refuge Wallon est au 3 /4 plein. Je demande à l’un des aides du gardien le « petit déj. » pour 6 h ; sympa il accepte de me mettre un Thermos de café et les tartines sur la table car pour lui le gros des troupes ne démarre qu’entre 7 et 8h. Nous étions 6 matinaux. Les quatre autres personnes allaient à la Fache. Pour la majorité des usagers, le refuge était le but ultime, une quinzaine de téméraires effectuaient la boucle de l’Embarrat. Lorsque j’ai annoncé notre destination au gardien : le Pic Falisse , il a posé sur moi un œil étonné, quand j’ai précisé par l’Eperon Ravier, un départ annoncé pour Mars lui aurait fait le même effet...

L’affaire s’est bien déroulée, que les amis de notre planète craignant les périls de la surfréquentation se rassurent, nous n’avons pas rencontré âme qui vive au parage du Falisse. Les pierriers d’accès restent d’une instabilité virginale ; nous avons laissé le lichen sur les rochers, florissant et en parfait état de reproduction. L’unique piton rouillé rencontré faisait du mimétisme avec la pierre métamorphique que les Ravier avaient trouvée granitique.

Moralité : En montagne, si l’on accepte de transpirer un peu , on est peinard... et pour longtemps...

P.S. : Ces lignes n’ont pour vocation qu’à ouvrir le débat sur la « réelle » fréquentation en montagne et les problèmes et autres fantasmes que cela suscite parfois...

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